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le métier de résinier gemmeur 

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Résinier Gemmeur de la forêt des landes 
Résinier ou Gemmeur de la forêt des landes

Le Résinier ou Gemmeur

(LOU PIGNÈS ou CHUQUES YEMELLES)

de : 1940 à 1960 par Lile Marie Claude

On ne voit en passant par les landes désertes...
D'autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc ;
Car, pour lui dérober ses larmes de résine,
L'homme, avare bourreau de la création,
Qui ne vit qu'aux dépens de ce qu'il assassine,
Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon !
Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout,
Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.
(Extrait du Pin des Landes de Théophile Gautier)

forêt landaise

"D'aussi loin que les hommes s'en souviennent, les pins de la forêt de Gascogne ont toujours été résinés..."

Ceci est un ouvrage sans prétention, mais réalisé parfois avec humour, mais aussi avec sérieux et surtout avec du vécu, sur le métier du résinier ou gemmeur dans la forêt des landes.
(Le gemmage est une opération qui consiste à "blesser" un pin pour qu'il envoie de la résine afin de cicatriser cette blessure. Le gemmeur, ou résinier, est celui qui pratique cette blessure et qui récolte la résine.)
Avec l'espoir que cette histoire intéressera nos descendants ou toute personne nostalgique du passé les derniers "chuque yemmelle ou pignés"(1)
Guy fils de cultivateur et résinier raconte avec des mots simples, ce qu'était sa vie et celle des hommes travaillant en forêt, dans les années 1940, jusqu'en 1964, de Laluque à Buglose (où il est arrivé en 1960, après avoir épousé Jeanine). La vie était dure certes, mais il ne sent plaint pas.

Le résinier, dans un période plus lointaine, était souvent considéré comme un homme rustre, parfois même il faisait peur : son accoutrement, sa façon de marcher les pieds nus dans la lande, grimpant aux pins à l'aide du "pitey", un pied appuyé sur le tronc, certains pensaient qu'il sagissait d'un quadrumane, tant il était agile avec ses pieds.

Mais pour l'époque qui nous intéresse, les moeurs ont bien changé : le résinier est devenu un ouvrier comme tant d'autres, pas très riche certes ! il effectuait également les travaux des champs et allait travailler à l'usine.
L'hiver il travaillait dans les bois.
Il n'y avait pas encore la semaine des 35 heures!
Et pour son travail de gemmage, il avait une certaine fierté....qui ferait la plus belle carre????

forêt landaise l'amasse musée résine
résine cramponnage résin pin 1 résine pin 2
Le gemmage traditionnel est un symbole fort des Landes de Gascogne.


Toutefois, dès ses débuts dans la forêt, Guy, n'avait pas l'âge requis pour travailler ; aussi, travaillait-il sous le nom de son père (déjà le travail au noir). Debout trés tôt le matin, les parcelles de pins n'étaient pas toujours près du domicile, il emportait de quoi se nourrir, boire et travailler. Il partait sur son vélo, (seul moyen de locomotiondans les premières années ; plus tard, viendra la mobylette). Le hapchot fixé à la barre, en prenant soin de bien camoufler le tranchant à l'aide de vieux chiffons, on n'est jamais trop prudent, le "boussot", pour emporter le matériel d'affûtage, maintenu autour de la taille par une ceinture ; ne pas oublier "la biasse" pour le transport du du casse-croûte et la "Chahakoa"  (2) ou le "Cuyoun" (3), pour étancher la soif, ces derniers éléments, portés sur le dos, comme une gibecière de chasseur, qu'il était lui même. L'été, ne pas oublier le chien, pour éloigner ou tuer les les couleuvres, nombreuses dans la forêt, surtout en période de forte chaleur.

En Aquitaine, la résine s'appelle surtout la gemme ; en patois, elle se dit " gema ". Son nom vient du latin " gemma " qui signifie bourgeon, au sens propre et pierre précieuse, au sens figuré, parce que la résine sort en gouttes brillantes, semblables à des pierres précieuses. Le gemmage - en patois : " gematge " désigne " l'ensemble des travaux de l'exploitation des pins " et le gemmeur, en patois - yemeur, est celui qui récolte la gemme.


Le terme de gemmeur est plus fondé que celui de résinier. Le gemmeur est celui qui recueille la gemme, alors que le résinier est le fabricant d'un sous-produit tiré de la gemme ; le résinier est surtout celui qui transforme la résine dans l'usine. Progressivement, on associera de plus en plus le nom de résinier à celui du gemmeur, et par la suite, l'usage confondra les deux termes.

Pour ce qui concerne les termes patois, toutes nos excuses : l'ortographe est incertaine, nous employons la phonétique, et non les règles de la langue gasconne, d'autant que le patois varie d'une contrée à l'autre, pas facile de s'y reconnaître.

(1) suce gemmelle, ou homme des pins
(2) terme basque, désignant la gourde
(3) sorte de gourde fabriquée avec des coloquintes

En 1990, le métier de résinier disparaissait de la forêt des Landes de Gascogne.
Ancien gemmeur, inventeur et écrivain, Claude Courau livre ses réflexions sur cette grande histoire du gemmage.
Le gemmage remonte sans doute à l'apparition de la forêt elle-même, c'est-à-dire à aussi loin que les hommes s'en souviennent ! C’est une opération qui consiste à "blesser" un pin pour qu'il envoie de la résine afin de cicatriser cette blessure. Le gemmeur, ou résinier, est celui qui pratique cette blessure et qui récolte la résine.

Et que peut-on faire avec la résine récoltée ?

A l'état brut, à peu près rien, mais après distillation, on obtient en revanche deux produits essentiels que sont l'essence de térébenthine d'une part, et la colophane ou brai d'autre part. Ces deux produits de base peuvent à leur tour être transformés en produits dérivés. L'essence de térébenthine se retrouve notamment dans les peintures, les vernis et dans de nombreux produits d'entretien. Après transformation, les dérivés obtenus permettent également de fabriquer des composés entrant dans la formulation de parfums ou d'arômes. Quant à la colophane, elle intervient principalement dans la fabrication d'adhésifs, de colles, de papiers ou d'encres d'imprimerie. On peut même citer l'exemple de la gomme entrant dans la fabrication des célèbres chewing-gum !

Comment se déroulait une campagne de gemmage ?

Vers la fin du mois de janvier, le résinier préparait d'abord les pins qui devaient recevoir les "carres". Pour ce faire, il procédait aux opérations de "pelage" puis de "cramponnage". Les pots en terre cuite destinés à recevoir la résine pouvaient alors être mis en place.
A partir de la mi-mars, le gemmeur donnait les premières "piques", et réalisait les carres à l'aide d'un outil appelé hapchòt. En Gironde, les nouvelles piques se succédaient à un intervalle de 8 jours, alors que dans les Landes, ce délai tombait souvent à 4 jours.
Dans le même temps, il fallait récolter la résine qui s'était écoulée dans les pots et la vider dans une barrique. Cette opération de récolte de la résine s’appelait "l'amasse" ».
A la fin du mois d'octobre, le gemmeur aidé de sa femme procédait alors au "barrasquage". Cette dernière manipulation, consistait à racler la résine durcie qui s'était formée le long des carres durant toute la campagne. »


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